Le badge épingle : une histoire de symbole, de pouvoir et de rebellion
Du pèlerin médiéval au militant punk : comment ce petit objet rond est devenu un porte-voix universel
L’origine du badge daterait elle du le Moyen-âge?

Insigne de pèlerinage des Grands Carmes de Toulouse trouvé à Swan Lane, Londres
source : https://www.persee.fr/doc/amime_0758-7708_1987_num_5_1_1156

Insigne du sanglier de Richard III – en métal
Source : https://en.wikipedia.org/wiki/File:Boar_Badge_of_Richard_III_from_Bosworth_Field.jpg
1789 – 1864 : Les badges ronds en métal

Badge campagne électorale de Georges Washington – 1789
Puis courant XIXème, une innovation technique révolutionne le badge : le daguerréotype. Ce procédé photographique permet « d’imprimer » une photo sur une plaque de métal. C’est ainsi qu’était fabriqué le badge de l’élection d’Abraham Lincoln en 1864.

Badge de campagne d’Abraham Lincoln en 1864
1892-1896 : la naissance du badge celluloïd
- 1893 : Brevet d’Amanda M. Lougee pour des boutons en tissu et métal, racheté par W&H
- Décembre 1895 : Brevet de George B. Adams (bijoutier) pour un procédé de fabrication
- 1896 : Second brevet de George B. Adams améliorant le système

Brevet G.B. ADAMS 1896
En rachetant ces brevets et en y apportant de nouvelles améliorations, Whitehead & Hoag Co invente de nouveaux procédés de fabrication des badges. La première usine voit le jour. Le badge celluloïd est né !

Histoire du badge celluloid
Le succès est immédiat. Les badges deviennent un véritable outil de publicité et de propagande, notamment lors de la campagne présidentielle de William McKinley en 1896. Aux États-Unis, c’est l’engouement total pour les badges de campagnes politiques ! Chaque candidat a désormais son visage imprimé sur des milliers de petites rondelles métalliques.
Anecdote amusante : Whitehead & Hoag Co proposait déjà à l’époque le badge tire-bouchon ! Preuve que l’innovation et le côté pratique ont toujours fait partie de l’ADN du badge.

Badge Tire Bouchon de Whitehead & Hoag Co
Années 60-70 : le badge devient rebelle
Après des décennies au service des politiciens et des marques, le badge change radicalement de camp dans les années 1960-70.Il devient l’accessoire favori des étudiants américains, des hippies et des musiciens contestataires. « Make Love Not War », « Peace & Love », le poing levé des Black Panthers… Le badge se fait rebelle, subversif, ironique.
L’arrivée du badge en France : 1976, année punk
Si on cherche l’origine du badge en France, c’est avec la musique qu’il débarque, dans les années 70, porté par le mouvement punk et notamment par les Sex Pistols.On raconte que son apparition massive en France se serait faite lors du festival Punk de Mont-de-Marsan en 1976. Les jeunes Français découvrent alors cet objet typiquement anglo-saxon qui permet d’afficher son rejet du système, son appartenance à une contre-culture

Badge des Sex Pistols

Affiche du 1er festival Punk de Mont de Marsan en 1976
Le badge devient le graffiti portable des générations contestataires. Plus besoin d’être d’accord avec le système pour porter un badge : on peut désormais le critiquer, le tourner en dérision, l’insulter même.
Le badge aujourd’hui : de l’objet de mode à l’outil marketing
De nos jours, le badge a conquis tous les secteurs et pris de multiples formes :
- Badge épingle (de différentes tailles : 25mm, 32mm, 37mm, 56mm, 59mm…)
- Magnet (pour frigos et tableaux magnétiques)
- Magnet décapsuleur (utile ET décoratif !)
- Porte-clés
- Porte-clés décapsuleur
- Miroir de poche (de différentes tailles)
Ils sont utilisés pour :
- Afficher son style et personnaliser ses affaires
- Promouvoir une marque ou un événement
- Afficher son opinion politique ou son soutien à une cause
- Créer du lien lors d’événements (mariages, séminaires, festivals)
- Collectionner des souvenirs de voyage

Sac à dos avec badges

Mur de magnets dans une boutique
Pourquoi le badge résiste-t-il à l’ère numérique ?
À l’heure des réseaux sociaux, on pourrait penser que le badge aurait disparu. Pourtant, il est plus présent que jamais. Pourquoi ?
Peut-être parce que le badge possède ce que le post sur les réseaux sociaux n’aura jamais : la présence réelle.
Porter un badge, c’est :
- S’engager physiquement dans l’espace public
- S’exposer au regard des autres (et à leurs réactions)
- Transformer son corps en support de communication
- Risquer la confrontation ou provoquer le sourire complice d’un inconnu qui porte le même
Porter un badge, c’est sortir de l’algorithme. C’est affirmer : « Voilà qui je suis, en vrai, pas seulement derrière un écran. »
Le badge, objet intemporel
Du pèlerin médiéval au militant écolo, du partisan de Richard III au fan des Sex Pistols, le badge a traversé les siècles en changeant de mains sans perdre son âme : celle d’un objet minuscule aux déclarations maximales.
Militaire hier, rebelle aujourd’hui, peut-être révolutionnaire demain — qui sait quel message portera votre prochain badge ?









