Le badge épingle : une histoire de symbole, de pouvoir et de rebellion

Du pèlerin médiéval au militant punk : comment ce petit objet rond est devenu un porte-voix universel

Vous l’avez peut-être accroché sur votre veste en jean, collectionné sur votre sac à dos, ou reçu lors d’un événement professionnel. Le badge est partout : discret mais bavard, minuscule mais puissant. Mais d’où vient exactement cet objet qui nous permet d’afficher nos convictions, nos passions ou simplement notre humeur ou notre humour ?
Un beau jour, je me suis posée cette question : quelle est l’origine du badge ? Quand est-il apparu ? Qui l’a inventé ? Comment s’utilisait-il à l’origine ? Après quelques recherches passionnantes (et parfois floues, je dois l’avouer), voici ce que j’ai découvert sur ce petit objet rond qui traverse les siècles.

L’origine du badge daterait elle du le Moyen-âge?

Premier point, il faut savoir que le badge existait déjà au Moyen-Age ! Alors certes, pas sous la forme du badge épingle qu’on lui connait actuellement, et on ne le nommait pas badge, mais il était bel et bien déjà existant.
Il pouvait être porté comme bijou, et il se présentait de façon plus répandue sous forme d’insigne portée par les pèlerins.
Ces insignes étaient généralement vendues comme souvenirs sur les lieux de pèlerinages et portaient des images du Saint qui y était vénéré.
L’origine du badge remonte donc à bien longtemps !
Insigne de pèlerinage des Grands Carmes de Toulouse trouvé à Swan Lane, Londres

Insigne de pèlerinage des Grands Carmes de Toulouse trouvé à Swan Lane, Londres

source : https://www.persee.fr/doc/amime_0758-7708_1987_num_5_1_1156

Ces insignes avaient une double fonction : spirituelle et identitaire. porter un insigne de pèlerinage, c’était afficher sa foi, mais aussi son statut de voyageur, son appartenance à une communauté.
1493 : le badge devient outil de propagande politique
L’histoire prend un tournant politique en 1483 en Angleterre, avec Richard III et son sanglier blanc.
A l’occasion de son couronnement, Richard III commande 13 000 exemplaires de cet insigne qu’il distribue massivement à des fins de propagande. Il distribue ces badges composés en tissus de futaine aux partisans. Quant aux notables, ils avaient droit à une version en métal précieux de ce badge en reconnaissance de leur fidèle soutien.
Boar Badge of Richard III from Bosworth Field

Insigne du sanglier de Richard III – en métal

Source : https://en.wikipedia.org/wiki/File:Boar_Badge_of_Richard_III_from_Bosworth_Field.jpg

Le badge devient alors un symbole de ralliement politique, une fonction qu’il conservera jusqu’à nos jours. On psase du religieux au politique : même objet, nouveau message.

1789 – 1864 : Les badges ronds en métal

En 1789, lors de l’élection de Georges Washington, on retrouve le badge rond, constitué en laiton ou en cuivre. Simple mais efficace : un portrait, un slogan, un support métallique.
Badge campagne électorale de Georges Washington - 1789

Badge campagne électorale de Georges Washington – 1789

Puis courant XIXème, une innovation technique révolutionne le badge : le daguerréotype. Ce procédé photographique permet « d’imprimer » une photo sur une plaque de métal. C’est ainsi qu’était fabriqué le badge de l’élection d’Abraham Lincoln en 1864.

Badge de campagne d'Abraham Lincoln en 1864

Badge de campagne d’Abraham Lincoln en 1864

On remarque déjà que le système d’attache ressemble beaucoup à celui qu’on utilise aujourd’hui : l’épingle de sûreté commence à s’imposer comme solution pratique et amovible.

1892-1896 : la naissance du badge celluloïd

La véritable révolution du badge épingle commence à la fin du XIXème siècle, avec la société Whitehead & Hoag Co, née de la rencontre en 1892 entre l’imprimeur Benjamin S. Whitehead  et le vendeur de papier Chester R. Hoag.
Cette entreprise visionnaire acquiert trois brevets avant de démarrer la fabrication de badges en 1896 :
  • 1893 : Brevet d’Amanda M. Lougee pour des boutons en tissu et métal, racheté par W&H
  • Décembre 1895 : Brevet de George B. Adams (bijoutier) pour un procédé de fabrication
  • 1896 : Second brevet de George B. Adams améliorant le système
Brevet G.B. ADAMS 1896

Brevet G.B. ADAMS 1896

En rachetant ces brevets et en y apportant de nouvelles améliorations, Whitehead & Hoag Co invente de nouveaux procédés de fabrication des badges. La première usine voit le jour. Le badge celluloïd est né !

Naissance du badge celluloid

Histoire du badge celluloid

Le succès est immédiat. Les badges deviennent un véritable outil de publicité et de propagande, notamment lors de la campagne présidentielle de William McKinley en 1896. Aux États-Unis, c’est l’engouement total pour les badges de campagnes politiques ! Chaque candidat a désormais son visage imprimé sur des milliers de petites rondelles métalliques.

Anecdote amusante : Whitehead & Hoag Co proposait déjà à l’époque le badge tire-bouchon ! Preuve que l’innovation et le côté pratique ont toujours fait partie de l’ADN du badge.

Badge Tire Bouchon de Whitehead & Hoag Co

Badge Tire Bouchon de Whitehead & Hoag Co

Années 60-70 : le badge devient rebelle

Après des décennies au service des politiciens et des marques, le badge change radicalement de camp dans les années 1960-70.Il devient l’accessoire favori des étudiants américains, des hippies et des musiciens contestataires. « Make Love Not War », « Peace & Love », le poing levé des Black Panthers… Le badge se fait rebelle, subversif, ironique.

L’arrivée du badge en France : 1976, année punk

Si on cherche l’origine du badge en France, c’est avec la musique qu’il débarque, dans les années 70, porté par le mouvement punk et notamment par les Sex Pistols.On raconte que son apparition massive en France se serait faite lors du festival Punk de Mont-de-Marsan en 1976. Les jeunes Français découvrent alors cet objet typiquement anglo-saxon qui permet d’afficher son rejet du système, son appartenance à une contre-culture

Histoire du badge en France - Badge des Sex Pistols

Badge des Sex Pistols

Affiche du 1er festival Punk de Mont de Marsan en 1976

Affiche du 1er festival Punk de Mont de Marsan en 1976

Le badge devient le graffiti portable des générations contestataires. Plus besoin d’être d’accord avec le système pour porter un badge : on peut désormais le critiquer, le tourner en dérision, l’insulter même.

Le badge aujourd’hui : de l’objet de mode à l’outil marketing

De nos jours, le badge a conquis tous les secteurs et pris de multiples formes :

  • Badge épingle (de différentes tailles : 25mm, 32mm, 37mm, 56mm, 59mm…)
  • Magnet (pour frigos et tableaux magnétiques)
  • Magnet décapsuleur (utile ET décoratif !)
  • Porte-clés
  • Porte-clés décapsuleur
  • Miroir de poche (de différentes tailles)

Ils sont utilisés pour :

  • Afficher son style et personnaliser ses affaires
  • Promouvoir une marque ou un événement
  • Afficher son opinion politique ou son soutien à une cause
  • Créer du lien lors d’événements (mariages, séminaires, festivals)
  • Collectionner des souvenirs de voyage
Sac à dos avec badges

Sac à dos avec badges

Mur de magnets

Mur de magnets dans une boutique

Pourquoi le badge résiste-t-il à l’ère numérique ?

À l’heure des réseaux sociaux, on pourrait penser que le badge aurait disparu. Pourtant, il est plus présent que jamais. Pourquoi ?
Peut-être parce que le badge possède ce que le post sur les réseaux sociaux n’aura jamais : la présence réelle.

Porter un badge, c’est :

  • S’engager physiquement dans l’espace public
  • S’exposer au regard des autres (et à leurs réactions)
  • Transformer son corps en support de communication
  • Risquer la confrontation ou provoquer le sourire complice d’un inconnu qui porte le même

Porter un badge, c’est sortir de l’algorithme. C’est affirmer : « Voilà qui je suis, en vrai, pas seulement derrière un écran. »

Le badge, objet intemporel

Du pèlerin médiéval au militant écolo, du partisan de Richard III au fan des Sex Pistols, le badge a traversé les siècles en changeant de mains sans perdre son âme : celle d’un objet minuscule aux déclarations maximales.
Militaire hier, rebelle aujourd’hui, peut-être révolutionnaire demain — qui sait quel message portera votre prochain badge ?